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Gérard Colin - Culture des vignes

La province de Shanxi est à l’Est du plateau de lœss formé par le fleuve jaune, un mélange de fines parcelles de sable du désert de Gobi, de calcaire, d'argile et de débris organiques, que des vents réguliers emportent sur de grandes distances ; son lœss est extrêmement fertile. Shan signifie la montagne, Xi veut dire Ouest.

Dans les années 1990, 15 millions de quintaux de céréales étaient utilisés pour produire de l’alcool - le jiu. Ces 10 dernières années, le Gouvernement a relancé la culture de la vigne pour restituer à la céréale sa fonction première : être consommée et non bue. Dans un même temps, 600 vignobles pour 400 000 ha de vignes ont été plantés, mais sans véritable notion de terroir ou de qualité… Juste pour faire du vin, de l’alcool, le désinhibant qui préserve le lien social. Depuis juillet 2001, Gérard Colin, œnologue bordelais, améliore le vignoble d’une famille chinoise de Hong Kong, Monsieur CK Chan et sa fille Judy Leissner.

Le terme chinois pour les spiritueux, jiu, désigne tout alcool fermenté ou distillé, de la bière aux eaux de vie titrant 60°. La Chine produit des alcools de grains de sorgho (toujours distillé, 45° minimum, dont le Maotai) et des alcools de riz (fermentations multiples du riz dans de l’eau, 15 à 20°). La bière est considérée comme une boisson ordinaire. Le vin de raisin, connu au moins depuis la dynastie Tang (618 – 907) est resté longtemps un produit associé à l’Asie centrale ; les vins chinois sont sucrés et ceux à notre goût leur paraissent acides. En 2004, la consommation annuelle par habitant de litres de vin est de : France 58, Italie 56, USA 8, Japon 2,5, Chine 0,3

Monsieur Chan a fait fortune grâce au charbon du Shanxi. En 1995, il a créé Grace vineyard et ses 80 ha de vignes à Dongjia. Grâce à Gérard Colin, un des premiers étrangers reconnus à faire du bon vin en Chine, la première année a été médaillée lors de concours internationaux.
Il est 10h30. Dans le chai, Gérard Colin goûte un cabernet sauvignon 2004. « On l’a juste pressé et sorti de cuve hier, c’est un bébé à qui on vient juste de couper le cordon. Il est tout jeune, il est spécial. » Tous les matins, Gérard fait la tournée des 40 cuves du chai avec Liang et une stagiaire de 18 ans qui apporte les verres et apprend à goûter. Un vin est trop froid ; la cuve est à 18°, Gérard va la passer à 20. « On travaille aujourd'hui une fermentation secondaire, c'est-à-dire manolactique ; on transforme l'acide malique en acide lactique : le vin travaillait au printemps, aujourd'hui on le provoque ; il lui faut une température de 20 à 22°. » Nos verres se remplissent d’un merlot qui pique parce que plein de gaz carbonique. Un vrai fruit ! Il ressemble plus à un jus de raisin pourtant il titre 13,5° d’alcool. « C'est le plus beau compliment que tu puisses me faire, dit Gérard, j'ai respecté la matière première ! C'est ce qu'on recherche de plus en plus : arriver à faire s'exprimer le fruit au maximum.» En 2001, Liang, ingénieur chimiste de 33 ans, ne connaissait rien au vin, n’en avait jamais goûté. Trois ans après, il est le maître de chai de Gérard. « L’ancien œnologue chinois a été remercié trois mois après mon arrivée. J'avais remarqué Liang alors ; il est plus vicieux qu'un vrai maître bordelais ; en plus il est très marrant. C'est mon compère. » Gérard goûte un cabernet franc…puis un coup de rosé qui mousse, rose bonbon, pas diaphane, du jus de fruits à 13°. Et puis il y a la cuvée du maître de chai, les quatre vins que Gérard a créé après ces quatre années de collaboration avec Liang. « Celui-ci est un blanc de noir, avec du raisin rouge ; c'est très particulier ; je pense que c'est une première en Chine ; ça a du corps, ça a du gras, c'est élégant… Ça c'est un rosé de muscat avec du raisin de table, 12,8° et 28 g de sucre. Ce blanc-ci c'est du chenin pur, c'est l'Anjou, c’est vif, c’est acide mais acidulé au final, le genre de vin qui rince ; son opacité est belle mais les consommateurs n'acceptent pas cet aspect. Celui-là doit être soutiré, il a besoin d'oxygène, on sent les levures. » Les huit hommes du chai s'activent (ils seraient quatre en France) ; ils sont logés à la vignerie, leurs familles habitant à une bonne heure de route. Nous goûtons à même les barriques, 120 neuves, 170 à 2 vins, 200 à 3 vins et 300 à 4 vins, en chêne américain, français ou hongrois. ‘’Il a besoin de temps’’ dit Liang en vidant son verre de chardonnay. Merlot, barrique neuve, six mois : « La pression a changé, je vais le mettre en cuve et l'oxygéner. » Gérard Colin a fait des essais avec des barriques chinoises : « elles sont belles, beaucoup moins chères mais n’apportent rien au vin » dit-il ; de ce fait, il a un fournisseur bordelais. Liang trempe ses narines, remue, renifle, boit, crache et finalement acquiesce. « Je te dis que Liang est une pure merveille !" s’exclame Gérard. Ils re-goûtent une cuve et discutent des modifications à apporter au vin : Liang voudrait l’entonner en barrique de chêne américain, plus doux, plus caramélisé, pour l’arrondir. « Je ne suis pas sûr, after the filtration. » lui dit Gérard.
Au magasin il y a les vins de table, les Premium, les Réserve et la Chairman réserve, la plupart étiquetée au nom des grands hôtels ou restaurants (Shangri La, Peninsula, Flo…). Nous nous installons avec nos feuilles de dégustation pour évaluer apparence, limpidité, goût, persévérance, odeur, intensité, franchise…d’un vin brut de cuve ou filtré. Chenin et chardonnay, cabernet et merlot…La tête me tourne. La discussion bat son plein entre Gérard, Liang et Jiang Jianzhong, directeur de la vignerie. « Pour l’instant, les 500 000 bouteilles annuelles de Grace vineyard sont distribuées en Chine uniquement, par le catalan Miguel Torres implanté à Shanghai et Pékin. Elles seraient parfaitement vendables à l’export, surtout avec le snobisme d’avoir en cave un vin que personne ne connaît ! »
A la vignerie, le très discret Monsieur Weng surnommé le Chairman, gère tous les employés sauf Gérard, payé directement par la Maison mère pour faire du bon vin. « Je veux réussir à faire le meilleur vin chinois, le meilleur que je peux avec ce terroir et ces hommes. Dés la première année nous avons eu des médailles de qualité à Paris, Bordeaux et Shanghai ; le merlot 2001 a la médaille d’argent du Vinalie 2003 ; je les ai agréablement surpris ! Ma bonne réputation est faite, les médias me suivent, je suis ravi. Mais faire un cru est une activité globale ; tous doivent être motivés. Il faudrait former des cadres à la culture du vin. Moi, j’irai jusqu’au bout.» Pour l’entreprise familiale hongkongaise c’est un prestige que d’être conseillée par un Français ; Gérard est sur les catalogues et toutes les notes d’informations sur Grace vineyard ; il est mentionné sur les étiquettes des vins. Il a même vu sa photo sur la plaquette d’un vignoble qu’il n’avait pas conseillé !

Gérard a commencé le travail de la vigne à 19 ans en 1962, à Saint-Emilion ; il est passé par toutes les filières du métier. Monsieur Chan, le propriétaire de Grace vineyard, connaissait sa réputation et avait goûté son travail. Il ne s’est pas trompé.
Susan Johanna Jakes, la correspondante du Time (hebdomadaire américain), arrive de Pékin pour interviewer Gérard Colin. « J’aimerais créer un vin 100% chinois, avec une variété de raisins chinois, lui dit-il. Dans le nord du pays, il y a des variétés sauvages, mais elles ne sont pas fermentées selon nos règles européennes. Ces règles ont à peine un siècle puisque la destinée première du vin de raisin c’était le vinaigre : les vins ne se conservaient pas, les bateaux qui remontaient les fleuves vers Paris avaient leur vin piqué au niveau d’Orléans - d’où son célèbre vinaigre. Ce sont les hommes qui cultivent la terre et l’adaptent à une fonction : un vigneron de génie a profité de la pourriture qui se développe par un micro-climat pour créer le sauternes ! Ce n’est pas le sol chinois qui est en cause : la nature est bien faite, son terroir est acceptable : il y a du vin en Chine depuis 3 000 ans, la première vignerie chinoise (province de Shandong) a 112 ans… Mais les Chinois confondent vin et alcool (Jiu pour les deux). Je voudrais faire une sélection des raisins sauvages avec l’institut de l’agriculture chinois, créer une vraie variété de pays. Great wall, Dynasty, Dragon seal sont du cabernet mêlé à d’autres variétés. Moi, je préfère travailler les petits vignobles, le produit de luxe, l’artisanat d’art. Si on veut faire un cru, quelque chose qui croît quelque part, exprimer le terroir avec ses défauts, son climat et ses hommes, nous devons être rigoureux et nous remettre en question tous les jours. Chaque œnologue fait un vin différent et on ne fait pas du vin pour soi ; on s’adapte à l’évolution des goûts, au vent du temps.»
‘’Tout très tôt, a été imaginé et essayé ; il n’est plus possible de faire du neuf de toutes pièces. Dites-vous bien vous, les vinificateurs, que, quoi que vous fassiez, quelqu’un dans un autre contexte, l’aura fait avant vous.’’ Emile Peynaud Les vins et les jours.

Il est midi. Pour l'apéritif, Gérard propose du vin de noix… « J’adore le chèvre mais avec du vin blanc, du sancerre ou du pouilly fumé, dit-il, du munster avec un alsace, du camembert avec du cidre, du roquefort avec un porto…Je crois très moyennement à l’association mêts-vins ; c’est du snobisme. Lorsque je fais du vin, je pense à son goût à lui et pas aux nouilles ou au tofu que mangent les Chinois. Je cherche à faire du bon en priorité. La cuisine chinoise s’associe mal au vin, c’est vrai : avec 18 plats servis au centre de la table et picorés à tout va, les seules boissons qui s’adaptent sont l’alcool, le thé ou la bière ; le seul vin qui peut passer c’est le blanc pour son acidité, un muscat, un Jerez de la Frontera proche du vin jaune chinois, un vin oxydatif… acide et sucré : ils vont parfaitement avec leur mélange de plats. Mais la couleur rouge étant symbole de fortune et de bonheur en Chine, nous ne produisons que 10% de blancs. Nous, nous avons notre symbolique judéo-chrétienne, les vignes pour le vin de messe créées par les romains et le christianisme. Si les Chinois boivent du vin, c’est avant tout parce que c’est de l’alcool. Je propose des associations mêts-vins à certains restaurants sophistiqués, ceux qui servent à l’assiette. »

Propos de l’écrivain réalisateur Dai Sijie en avril 2000 : ‘’Je pris une brioche à la vapeur accompagnée de foie sauté, le petit-déjeuner le plus populaire parmi les Pékinois, qui le saupoudrent toujours d’une couche d’ail finement haché ; puis j’ai commandé une ‘’croûte brûlée’’ de Tianjin, sorte de crêpe croustillante à la farine de haricots mungo, en forme de feuille de saule ; une soupe de boulettes de poisson de Fujian, avec des boulettes de chair d’anguilles de mer toute fraîche, enrobées d’une pellicule de farine mince comme une feuille de papier, délicatement cuites, ni trop tendres ni trop dures, mais fondant dans la bouche, et une soupe longuement mijotée avec des crevettes, des champignons, des calamars et des moules ; des galettes de sésame de Shanghai ; des navets frisés de Hong Kong ; des raviolis de ciboule chinoise ; des nouilles du Sichuan…(…) Je mordis quelque chose de dur, profondément enfoui dans le gâteau à la vapeur de Xi’an, qui sentait le pin. C’était un jujube rouge. Je l’ai dégusté du bout de la langue.’’ Chine de Yann Layma. éd. La Martinière.

« Un litre de vin c’était les 1 000 calories indispensables aux ouvriers, leur carburant, reprend Gérard ; ils ne mangeaient pas de viande tous les jours mais ils étaient ivrognes. Les travaux de force n’existent plus : le vin du pauvre n’a plus de raison d’être. L’individu boit au maximum 3 litres par jour, toutes boissons confondues : quand la consommation de l’une augmente, une autre diminue. Elles sont toutes en compétition : aujourd’hui, le Chinois boit 33 litres de bière par an, zéro il y a 20 ans parce qu’il buvait du Bai Jiu ; le thé baisse au profit des soft drinks etc… Le Français est passé de 150 litres de vin par an, à 58 litres en l’espace de ces 30 dernières années. On ne boit pas meilleur, on boit autre chose. Ce n’est pas une question de prix ; plus de 200 millions de Chinois ont le pouvoir d’achat des Français. Nous sommes tous attirés par la mode plus que par la culture ou la tradition. Pour apprécier le vin, il vaut mieux être servi à l’assiette. Cette mode sera lancée un jour en Chine.»
chine Colin
Nous partons pour la promenade digestive dans le vignoble. Il fait très froid sous un soleil étincelant et ça va descendre à -25° jusqu’à fin mars. Le cycle végétatif court limite le choix des cépages ; le cabernet franc réagit bien, comme le tuf de Loire ; le grand différentiel de température est excellent pour le métabolisme de la vigne, le Lœss est hydrophobe, fertile et profond. Ses sarments ont été achetés en avril 1997 à un pépiniériste charentais, certifiés à l’export. Avec Jiang Jingzhong, Gérard Colin contrôle la taille. « La vigne est une liane. Les Chinois n'ont pas la culture des plantes pérennes, or, la taille c'est du long terme ; avec une mauvaise taille, on ne peut pas plier les bois et envisager une mécanisation ; de plus, à cause du climat, nous devons enterrer les pieds de novembre à avril. Regarde ce Lœss, c’est magnifique, s’exclame Gérard en se relevant. Je pense qu’il n’y a pas de grand vin sans un bel environnement. » Grace vineyard est loin de tout, à une heure de Ping Yao ou de Taiyuan et je tire mon chapeau à Gérard de rester ici plusieurs semaines d’affilée, même s’il dit aimer ‘’être seul’’.

Les parcelles de vignes sont réparties entre les villages. Les paysans (355) louent, cher, la terre au Gouvernement et vendent les raisins au kilo à Grace vineyard. « Ces paysans ne gagnent pas assez bien leur vie. La vigne représente seulement 10 à 20% de leurs activités. En plus, j’ai réduis la production pour produire de la qualité. Si le Gouvernement ne baisse pas sa ‘’ponction’’, ils devront continuer à sur-produire, faire de la quantité : du médiocre. J’ai mis en place un contrôle de maturité, mais pour les Chinois, le vin est avant tout de l’alcool ; la notion de qualité n’est pas porteuse de motivation. Un vin bouchonné ne les gêne pas : c’est une odeur familière ; en revanche le soufre, la cire sont des odeurs inconnues donc supposées mauvaises voire dangereuses. » Gérard offre des cigarettes aux hommes qui enterrent les pieds et leur donne quelques conseils en anglais-chinois-français-sourires et gestes. « Je suis le seul à aller dans le village, à parler aux paysans, rire avec eux et boire du thé. J’espère qu’ils y voient de la considération et du respect. Je ne suis pas un colon, je leur apporte juste une technologie, je les responsabilise en les formant. Lorsque je leur fais goûter leur vin, je mets une nappe blanche ! Jiang Jianzhong vient avec moi mais jamais le Chairman : tout est hiérarchisé en Chine. Je ne peux pas mettre en place mes notions de management ni de formation du personnel. J’aurais aimé qu’on me laisse créer une vraie équipe et je sais qu’un système de coopérative serait intéressant.»
chine colin Dans une maison du village, les enfants jouent dans la cour ; la vieille femme nous fait entrer dans sa pièce qui est aussi la chambre à coucher avec son kang, lit banquette maçonné pour quatre personnes, chauffé par un conduit ; typique du Shanxi, le kang est utilisé dans la journée comme lieu de prise des repas et également d’accueil des invités. Un autel dédié aux ancêtres est dominé par un portrait de Mao, les photos de famille et un calendrier ; les bâtons d’encens se consument. Sur l’autre mur est épinglé un grand poster d’un galion, un trois-mâts sous voiles. La bouilloire siffle sur le poêle à charbon. On nous propose une patate douce et de l’eau chaude. On échange des cigarettes et on se fait de grands sourires.
Nous passons devant les potagers : ils sont sous une cloche de plastique tenue par un mur de terre haut de 2m, qui conserve l’inertie thermique. Les potagers font 80m de long sur 8m de large. A la tombée du jour, le plastique est couvert de nattes de pailles. Les choux sont plantés à l’extérieur car ils résistent au gel. Le vent se lève, glacial… Nous sommes ramenés par la mobylette-charrette des paysans.

Gérard Colin travaille en Chine depuis 1997. Lorsqu’il n’est pas à Grace vineyard, c’est pour conseiller ‘’tout ce qui est boisson et qui fermente’’ dit-il, participer aux repas-dégustations, aux manifestations des ambassades. Hier, il visitait la cave de l’ancien garde rouge Monsieur Zhang - la France étant ‘’le pays du goût, du plaisir et de l’élégance’’ a dit ce dernier, il a bâti la copie parfaite du château de Maisons-Laffitte (construit par François Mansart au milieu du XVIIème) à 20 minutes de Pékin. Demain Gérard interviendra lors du séminaire, organisé par le ministère de l’agriculture française, sur les techniques qu’il pourrait mettre en place au vignoble sino-français créé au nord de Pékin. La semaine suivante, une dégustation est organisée à Grace vineyard avec les dirigeants d’Opus One Mondavy (vin californien) et Philippe de Rothschild… Il sera en France pour le Salon des techniques du vin Vinetech… puis chez lui à Saint-Emilion où l’attendent sa femme Marie, ses enfants et petits-enfants.
Gérard se donne le joli titre d’architecte paysagiste concepteur de vignobles clés en main.

En novembre 2005, Gérard a conçu un nouvel espace propice aux vignes juste au sud de Pékin : la vallée de Qiushan dans la province de Shandong, à 40 minutes de l’aéroport de Yantai et à 20 minutes de la station balnéaire de Penglai.
2012 : Gérard était dans le Shandong à Penglai. Il dirigait la JV Domaines Barons de Rothschild Lafite (DBR-CITIC). Il a restauré une maison d'hôtes dans le village de Moulangou.
Olivier Richaud a remplacé Gérard Colin pour DBR en février 2013. Depuis, Gérard a créé un vignoble dans le Xin Jiang à Turpan, tout en haut de la Chine, à gauche, sur la route de la soie. Il travaille depuis le printemps 2015 pour Monsieur Chen dans le Shandong pour créer ses vignes.
Voir les photos pendant Vinexpo 2015.
Contact mobile en Chine131 56 92 90 15 Gcchine@aol.com

Les recommandations de Gérard Colin
Grace Vineyard Visites dégustation, repas, chambres d’hôtes sur réservation. Dongjia Rencum, Taigu, 030800 Shanxi, 0354 644 93 18 www.grace-vineyard.com Aéroport de Taiyuan à une heure de route.

Nous passons sous une autoroute en construction ; le chantier est vide. « Les Chinois peuvent se passer de planning parce qu’ils ont la force du nombre. Ils s’y mettent tous les derniers jours et terminent le boulot. J’ai vu des paysans déplacer un verger en 24h pour la construction d’une route ! Une vigne de 7 000 pieds, mal plantée, vieille de cinq ans, a été décaissée à la main et replantée 10 cm plus loin, mais plus profond !» Conduit par le chauffeur et accompagnés de ‘’la nouvelle recrue’’, nous serons à Ping Yao après une petite heure de route.
La ville de Ping Yao fondée au XIVème siècle, inscrite au Patrimoine mondial en 1997, est un exemple exceptionnellement bien préservé de cité traditionnelle Han. Les très beaux édifices liés à l'activité bancaire rappellent que Ping Yao fut le plus grand centre bancaire de toute la Chine au XIXème et au début du XXème. On peut les visiter, comme le palais de la famille Qiao fondé au XVIIIème siècle par un marchand de fromage de soja devenu banquier. Avec Si Sushi, son ami chinois, Alain Julien a assuré la renommée mondiale de la ville en créant en 2001 le festival de la photographie.
Nous déjeunons au De Ju Yuan guesthouse tenue par Yuan Zeng Fu, un ami de Gérard ; il nous a préparé le, très bon et de ce fait célèbre, bœuf de la région avec ses pâtes. Sur la plaquette de cette maison traditionnelle, il est mentionné que Valery Giscard d’Estaing a passé les nuits du 6 au 8 avril 2002 avec l’ancien ambassadeur Monsieur Morel (43 Xi Da street 0354 568 52 66 www.pydjy.com). Peut-être ont-il dormi sur des kangs ! Elle est dans une des deux rues ‘’à touristes’’ de la ville intra-muros, aux nombreuses échoppes qui proposent les sandales de cuir noires, les célèbres papiers découpés inspiré des légendes rurales et toutes sortes de brocante.

Gérard est souvent à Pékin ; il aime faire la tournée des bars et restaurants qui vendent son savoir-faire.
Le Cabernet est le bar à vin annexe du Novotel Peace Hotel. Ambiance de Bistrot avec une bonne gamme de vins au verre, dont Grace Vineyard. 3 Goldfish lane, Wangfujing. Pékin
Ouvert nuit et jour, Huan Jia Yi Yuan propose une très bonne cuisine chinoise, bon marché, dans une ambiance animée et chaleureuse. Vous pourrez y déguster toute la gamme des vins de Grace Vineyard. 99 Dongzhimen lu, Dongchen district. Pékin (010) 64 03 06 77
Morel’s n°2 est une vraie brasserie belge, avec moules frites, une gamme complète de Bière Belges et de bons vins. Renat Morel vit en Chine depuis longtemps, mais n’a pas perdu de sa verve anversoise. 27 Liangma Bridge lu, Chaoyang district. Pékin (010) 64 37 39 39
China Beijing by Pass bar est un bar restaurant dans une cour ancienne, très animé, agréable. La cuisine italienne est faite par un chef chinois qui n’a jamais été en Italie et a appris dans les livres. South Luogu Alley 108, dans Si He Yuan. Pékin (010) 84 03 80 04, www.gk 01.com
Le Pink Loft propose une cuisine thaïlandaise délicieuse. La carte de vins est à faire pâlir les restaurants chinois et c’est vrai, ils apportent les assiettes les unes après les autres. Sur deux étages, le béton s’harmonise avec le rose et le turquoise, les voilages et gros coussins. 6 San Li Tun south street, Chaoyang district. Pékin. (010) 65 06 88 11

A Shanghai, Cheese and fizz propose des assiettes de fromages de Bernard Anthony, affineur en Alsace : bûche du Gers, fourme d’Ambert, Aydius de ferme (95 yuans les 100gr), Cantal au lait de Salers, Brillat-Savarin, Bethmale artisanal…Mais ils sont si chers ; la clientèle est hongkongaise, japonaise, taiwanaise et allemande. Gérard Colin serait content, il y a du Pouilly fumé de Chavignol (295 yuans), du Coteaux du Layon (225 yuans), un Saint-Emilion de Trolong mondot (998) la propriété voisine de la sienne, un Pauillac de Château Lafitte (2650), un Margaux 88 (4900). Je devrais m’offrir le Chasse-spleen… C’est à Xintiandi (021) 51 11 55 02


Le Cognac, le Chivas et les Chinois
Fin 2001, le Groupe Pernod-Ricard a racheté 38 % des vins et spiritueux de Seagram, dont les marques Martell et Chivas Regal.
En Chine depuis 1994, Philippe Guettat dirige le Groupe. Les alcools et vins locaux représentent 99,8% des alcools consommés mais n’oublions pas que les Chinois sont 1,3 milliards : les 0,2% valent le coup de s’attarder. 80% de l’alcool est bu en CHR (Cafés, Hôtels, Restaurants) et 20% à la maison. ‘’La Chine ne produit pas de Cognac, c’est donc notre produit phare, raconte Philippe. Nous vendons principalement les Cognacs Martell Cordon bleu et VSOP - Very Spécial Old Pale ; ce dernier, considéré en Europe comme un produit de luxe, est ici une entrée de gammes : le Cognac est un signe de réussite sociale ; son image aristocratique vient des Anglais de Hong Kong, grands consommateurs avec le Sherry et les vins de Bordeaux (Jean Martell était un marchand de Jersey). Le Cognac est en Chine une boisson sociale, de partage et d’amitié, il est bu lors de repas d’affaires et pendant les karaokés ; les grands mariages se font au Cognac pendant tout le repas. Par tradition, les Chinois boivent leur Bai jiu (alcool de céréales) qui titre 60° pour les meilleurs ; le Cognac est donc moins fort (40°). Ils préfèrent ne pas boire que de rajouter de l’eau : ce serait perdre la face ; ils trinquent cul sec sans déguster, souvent dans le verre balon, en mettant quelques glaçons - ce qui est recommandé pour mieux exhaler les arômes. Si, si ! Martell Cordon Bleu et XO (Extra Old ) sont chers (600 à 800 yuans) mais c’est moins cher qu’en France !! Ils accompagnent la cuisine cantonaise aux goûts ronds, sucrés, délicats, pour ses bons vivants de la Chine du sud qui savent s’attardent à table.’’ Le Français, lui, déguste le Cognac seul au coin du feu ; on fait tourner son verre, on le chauffe, on le hume : c’est une appréciation intimiste, individuelle. Même lorsqu’il réprouve ou réchauffe d’un coup sec au bord du zinc, l’insoutenable légèreté de l’être. ‘’Nos étiquettes sont internationales ; c’est celle du dos qui reprend en chinois les mentions légales. Le Chinois aime la forme authentique de la bouteille, celle qui est achetée par l’Européen ; il affirme ainsi : ‘’je bois du Cognac donc je fais partie de l’élite qui voyage en Europe, qui fait du business avec les Occidentaux et qui sait apprécier leurs produits de luxe’’. Il ne voudrait pas d’une étiquette clinquante avec ses propres codes, utilisée pour les produits locaux.’’
Le Chinois aime peu l’anis, le Ricard est peu consommé (51 n’est pas disponible en Chine) ; pourtant il est cultivé et la province de Yunnan vend son anis étoilé au Groupe Pernod-Ricard. Les bars et grands hôtels vendent du Pernod (sans réglisse). Par contre, le Chivas est une grande succès-story pour le Groupe Pernod-Ricard qui communique depuis 2001. La bouteille de 12 ans d’âge est vendue 200 yuans comme en France. ‘’Il était essentiellement bu par des hommes d’affaires de plus de 35 ans, dans les karaokés. Nous avons développé la marque pour les 25 / 35 ans, cette nouvelle jeune classe moyenne aisée qui aime s’amuser, qui veut découvrir l’Occident. Ce Chinois est passé de la Corona, Budweiser ou autres bières, au Chivas ; il ne commande pas un whisky mais un Chivas, c’est la marque qui est importante ! En boite de nuit, le groupe d’amis mélange un verre de Chivas à un litre de thé sirupeux vert ou jaune, ou à du soda ; c’est très agréable et les effets de l’alcool sont réduits. Le goût du whisky est bien moins dénaturé qu’avec du coca !’’.
Le Groupe développe d’autres marques en Chine comme leur vin australien Jacob's Creek ; le Royal Salute 21 ans d’âge, très haut de gamme et quatre fois plus cher que le Chivas, est bu dans les Karaokés entre hommes d’affaires. Les Chinois boivent sec !
Lire le Cognac et les Chinois.

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