Shanghai - Emmanuelle Gauvrit - l'arrivée
Lorsque je rencontre Emmanuelle Gauvrit, elle est installée depuis
deux mois dans l'ancienne concession française de
Shanghai. Expatriée à 32 ans pour la société Somfy, elle sait déjà se débrouiller en
Chinois ! « La Chine s'ouvre à nous, mais sommes-nous
ouverts à la Chine ? demande-t-elle. Ils sont pragmatiques et ne prendront de nous que ce dont ils estimeront
avoir besoin. Nous devons faire preuve d'humilité.
Je dois m'adapter à leur savoir-vivre, rester zen et ne
pas faire perdre la face à mon interlocuteur.»
«Les Chinois ont le sens de la famille, ils n'ont pas le sens
social. Disons plutôt qu'ils ont un code relationnel entre
individus extrêmement complexes et difficile à
décrypter pour un occidental, qui les fait
paraïtre individualistes. Le mot société n'existe pas en
tant qu'idée. Il n'y a pas de courtoisie ici, remarque Emmanuelle Gauvrit à son
arrivée à Shanghai. La politesse ? On me dit pourtant qu'elle est considérée comme une valeur suprème et
sur le trottoir, je slalome pour dépasser ou éviter la
foule qui me rentre dedans sans me voir. Le crachat ? Même si le
Gouvernement a pris des mesures contre, il demeure un art bien
consommé dans l'indifférence de mon
expression de dégoût. Leur carapace est leur sagesse ! Les
bonnes manières chinoises n'incluent pas d'attendre son tour pour
monter dans le bus, ni de faire la queue pour acheter son billet de
train ; atteindre leurs portes exige de prendre son élan et
de foncer tête baissée dans le groupe qui arrive
à contre sens. » " L'indifférence a une nette valeur de survie en Chine " écrit Lin
Yutang en 1935, écrivain et philologue chinois.
"La sécurité que procure l'indifférence s'explique suffisamment par l'absence de protection
des droits privés (... ) Le célèbre regard
apathique des Chinois n'est qu'une protection acquise par
une longue habitude et une grande maïtrise de soi." ajoute-t'il. Vers la fin de la dynastie Han, l'élite
intellectuelle fut exterminée (166 - 169) pour avoir critiqué la
politique ; ainsi " la réaction se produisit, et, avec elle, le culte de l'indifférence et un penchant croissant pour
les femmes, le vin, la poésie et l'occultisme taoïste. " écrit Lin
Yutang dans La Chine et les Chinois (éd. Payot 1937).

Nous ne sommes plus à l'époque des colons qui disaient "la Chine n'est pas un pays
à comprendre mais un pays à conquérir." Pourtant Emmanuelle croise encore le genre d'individus qui
insultent les chauffeurs de taxi qui ne parlent pas anglais en les
traitent de chinetoques... Extrait du Lotus bleu de Hergé, publié en 1936 : " Figurez-vous
qu'un jeune blanc-bec, un Européen, s'est permis d'intervenir en faveur d'un tireur de pousse-pousse qui m'avait bousculé et
que je m'apprétais à corriger d'importance. M'empêcher de battre un Chink, n'est-ce pas une chose intolérable ?
Où allons-nous si nous ne pouvons même plus inculquer à ses sales Jaunes quelques notions de politesse ?... C'est à vous dégoûter de vouloir civiliser un peu ces barbares !... Nous n'aurions donc plus aucun droit sur eux, nous qui leur apportons les bienfaits de notre belle civilisation occidentale ?... " En règle générale, le Français recherche les bonnes manières et le bon goût, il est courtois à l'égard des femmes ; il valorise l'intimité et l'égalité plus que
l'âge et l'ancienneté, car il n'aime pas être traité comme un vieux. Le statut social n'est pas
une raison de politesse alors que la politesse chinoise repose sur le
respect témoigné au supérieur ; l'humilité est manifestée par l'inférieur. Emmanuelle poursuit : « Le Chinois ne
salue pas une femme en premier, s'il est plus âgé ou
hiérarchiquement supérieur ; il ne donne pas son
cadeau à la maïtresse de maison mais à celui
qui lui paraït être le plus important des
invités. Avec ces notions de hiérarchie et d'âge, la femme
est la moins considérée ; seul, un étranger
remercie une caissière dans un magasin et dit bonjour
à la vendeuse. La politesse du Chinois ce n'est pas respecter le sommeil
des autres ou le silence ambiant, ni mettre ses papiers gras dans une
poubelle. Ce n'est pas non plus de manger proprement et calmement.
Bonne manière se dit " li mao ", ce qui signifie rite,
étiquette mais aussi apparence - donner
l'apparence de respecter le rite ! La politesse passe par le respect de
l'individualisme d'autrui : le Chinois ne dira donc pas à
quelqu'un qu'il fait trop de bruit, ce serait ressenti comme une
atteinte à la vie privée. Lorsqu'un Chinois
grille un feu rouge ou passe devant tout le monde, il se donne de la face ; il agit
selon ses instincts. Paradoxalement, l'obligation de suivre
un règlement est une atteinte à sa vie
privée. » Le Français n'obéit pas aux lois de la face mais, se
placer au dessus des lois, se considérer individuellement
intouchable voire supérieur, semble être inscrit dans ses gênes. " Comment faire fortune avec un Français ?
L'acheter au prix qu'il vaut et le revendre au prix qu'il s'estime ! ''
écrit encore Lin Yutang. « La vie à la chinoise, c'est à dire sans
manières ni chichis, n'est pas dénuée de charmes, explique Emmanuelle. Chacun
s'habille comme il l'entend, mange aussi salement qu'il le peut, crache
où il veut, hurle au beau milieu de la nuit si l'envie lui prend,
pète et rote selon ses dispositions, aborde ses concitoyens
directement et avec nonchalance... Qui cela gêne-t-il
à part les étrangers accoutumés à leur
politesse et élevés à la soupe de leurs bonnes
manières tyranniques et souvent hypocrites. Le peuple chinois ne suit pas de
règles de conduite et ne s'en porte pas plus mal ! Mettre
les coudes sur la table ou les doigts dans le nez n'a après tout
tué personne ! Et vivre à fond son
individualité ne perturbe que ceux qui ont le tort de ne pas le faire
c'est-à-dire pas grand monde. Les Chinois ont fait le choix
du naturel. C'est un choix courageux... Le
Chinois est un rustre pour un Français, mais le Français qui
se mouche en public, est un rustre pour un Japonais.» " Rien
ne serait plus trompeur que de juger la Chine selon nos
critères Européens " disait Lord Macartney en 1794.
« Etre humble, loyal, respectueux sont des qualités que je dois
mettre en avant pour négocier avec les Chinois, constate
Emmanuelle. Plus que partout ailleurs. Il est évident que
l'opportuniste, le vantard, l'arriviste n'a pas sa place. Il est
très utile de savoir qui est en face de soi pour le traiter
selon son rang, et se garder par méprise, d'avoir
un comportement qui ne conviendrait pas.»
Sons " Les Klaxons des voitures, les sonnettes des vélos, les cloches
du musée, les canaris dans les cages, les perroquets qui vous
saluent, les grillons vendus dans de petites boïtes de carton
mais aussi les nouilles qu'on aspire, les soupes que l'on boit et les
petits os de canard que l'on recrache. " écrit
Annette Vezin, journaliste, dans Shanghai aux yeux des
écrivains (éd. China intercontinental press 2004).
« Il faut aller dans une salle de fitness, raconte Emmanuelle. Les
Chinois hurlent et grognent dans l'effort ! Et même
lorsqu'ils se font masser. Ca me fait trop rire ! En revanche,
écouter un opéra, un orchestre philharmonique, regarder
des danses folkloriques irlandaises, ne m'a pas fait rire du tout
: la place au premier rang coûtait 880 yuans, une fortune proche
du salaire mensuel. Et pourtant, les enfants se bousculent, jouent, se
lèvent, sortent... Et ça boit, ça mange, ça parle fort en pleine représentation et
même... ça téléphone. Personne ne manifeste, c'est
" normal' ", c'est la foire quel que soit le tarif devant des artistes qui continuent leur
boulot comme si de rien n'était. La Chine entière
est extrêmement bruyante ! »
En 1848, Charles de Montigny fonde le premier consulat de France
à Shanghai. La concession française se nourrit d'un flux continu de populations
extérieures ; dans la première moitié du XXème
siècle on y recense plus de quarante nationalités. Les
révoltes populaires de la fin de l'Empire des Qing (rébellion Taiping
1850 - 1864), les troubles inhérents aux conflits entre
Seigneurs de la guerre (1913 - 1928), l'occupation japonaise (1937 -
1945) poussent les habitants des provinces à se
réfugier dans l'espace protégé de la concession
française. " Son asile politique doit suivre la
tradition française de respect des droits de l'homme, rappelle le ministre de France à Pékin en mars
1925 ; le séjour sur la concession française doit leur être
librement accordé, sous la réserve habituelle qu'ils ne
profiteront pas de l'hospitalité dont ils bénéficient pour se livrer à une
activité politique quelconque. " Donc un asile, placé sous la surveillance de la police
française. Lire Les Français de Shanghai 1849 - 1949 de Guy Brossollet (éd. Berlin 1999)
Du coté britannique, à l'entrée de la concession internationale, un panneau indiquait " Interdit aux chiens et aux Chinois " " Je n'ai jamais oublié ", raconte
le célèbre peintre Zao Wou-Ki, né en 1921. " La concession japonaise aussi, qu'il faut traverser pour
aller voir mon père à la banque. Des soldats,
mitraillette au poing, qui vous tiennent en joue. Pour un enfant de 6-7 ans
c'est effrayant. On a toujours peur. Ils pourraient tirer. On a passé
des vies comme ça. C'est la colonisation. Avec les Français, ça se passait mieux. Il n'y
avait pas la menace de l'autorité. L'occupation
française était plutôt culturelle. J'habitais
à Shanghai dans la concession française. Il y avait une petite
librairie avec de livres de Matisse, Picasso, des peintres pompiers
aussi. Avec mon argent, j'achetais des livres. J'ai
connu comme ça, le Petit Palais et le Grand Palais."
propos recueillis par Catherine Zittoun pour Chine de Yann Layma (éd de La Martinière 2003).
La tranquillité et l'art de vivre de la concession
française a séduit les riches notables chinois :
en 1930, alors que l'ensemble de la ville compte moins de 3 millions
d'habitants, elle recense 434 707 habitants dont 421 885 Chinois ;
12.922 étrangers dont 1208 Français. Grand port,
ville grouillante, Shanghai est en 1938, un centre d'attraction pour les
occidentaux malgré la guerre que le Japon a déclarée à la Chine. La même
année, près de 30 000 juifs s'exilent d'Europe
vers Shanghai, seul endroit au monde où l'on peut
encore entrer sans visa. Croyant fuir Hitler et les SS, ils se retrouvent pris au
piège par les Japonais. Dans Shanghaï-la-jiuve,
roman de Michèle Kahn, un jeune journaliste juif tente de se
frayer un chemin dans cette ville interlope où la
misère côtoie le luxe le plus effréné. Vicki Baum (Hedwig Baum 1888 - 1960) romancière juive, née à Vienne,
publie Shanghaï Hôtel en 1939 dans la quasi-clandestinité : neuf personnages sont
réunis au Peace hôtel le jour où tombent les premières bombes sur la ville.
Sous la pression japonaise, les autorités françaises
de Vichy acceptent d'abandonner la concession : le 30 juillet 1943, le
consul général Roland de Margerie remet les
clés à Cheng Gengbo, maire de Shanghai ; le 28 février
1946 à Chongqing, la signature d'un traité
de renonciation par la France à l'exterritorialité en Chine, met fin officiellement à ses concessions dans ce
pays.

Dans lilong, li signifie voisinage et long indique une ruelle
aujourd'hui appelée lane. Fruit de la spéculation immobilière entre 1860 et
1940, construits par des promoteurs occidentaux dans les concessions, les
lilongs sont le mélange d'un style anglo-saxon et
de maisons traditionnelles chinoises, des lotissements composés
de maisons mitoyennes disposées en rangées
parallèles. L'interdiction donnée aux Chinois de résider dans certains d'entre eux, sera levée devant
l'afflux des provinciaux fuyant guerres et famines ; la mise
en lot de terrains par les occidentaux permettra de procurer à la hâte des logements aux familles chinoises. « Les
platanes qui bordent toutes les rues, ont été
plantés de 1900 à 1930. Les Chinois ont
"décidé" que cet arbre leur
appartient, que c'est eux qui nous ont offert ceux du midi de
la France. Ils sont complètement ratiboisés en
janvier, ça fait propre. » La maison
d'origine, le shikumen, en forme de U de 3 ou 5 travées et d'un
étage, s'est réduite à une
travée et s'est dotée d'un second étage, mais elle a
gardé ses deux cours d'agrément et de service : c'est le lilong type jardin construit dans les
années 1940 et reproduit dans le quartier de Xintiandi. « Aujourd'hui,
les artères sont commerçantes et desservent ses ruelles cachées derrière de hautes grilles en fer
forgé, mini quartier gardé par son " concierge ". Ce ne sont pas
des propriétés privées, vous pouvez entrer ! Dépêchez-vous car de nombreux quartiers sont
rasés pour construire des centres commerciaux, immeubles de bureaux ou de
logements ; il n'est plus question d'unité de voisinage mais de consommation. » Pour stopper les
destructions sans concertation de l'habitat traditionnel, la
ville a défini en 2003, douze zones à
préserver ; elle conserve les bâtiments de plus de 50 ans qui ont un intérêt
architectural. Dans un lilong, un vieux couple vivait depuis dix ans dans 7m2 pour 15
yuans par mois ; pour le déloger, les Autorité
lui ont proposé un deux-pièces de 34 m2 avec salle de
bains et cuisine, à 1h30 de là ; il a préféré cette solution à l'indemnisation d'environ 4600
yuans le m2 (460 €) ; avec la hausse des prix de
l'immobilier, le vieux couple n'aurait pas trouvé d'appartement à
acheter avec cette somme. Les prix ont doublé en moins de deux ans, les
loyers des tours voisines sont de 5 000 yuans pour 50 m2.
Quelques édifices de style occidental et des lilongs bâtis
dans les années 1920 et 1930, bordent Hengshan lu et lui donnent un
charme particulier ; Emmanuelle connaït bien son quartier,
ses bars et restaurants puisqu'elle a reçu son
déménagement de France, meubles et vaisselles,
deux mois après son arrivée. « Près de chez moi, je recommande de
visiter le lilong en briques rouges au coin de Fuxing lu central et Boaqing lu, très beau et plein de vie. Près du périph, sur Changshu lu, un lilong en briques jaunes, fait partie des classiques de
la ville. Si vous allez au Marché du faux, descendez
jusqu'au 225 Shanxi lu et sa grande halle aux
fleurs... Si jolies. Poursuivez jusqu'à Jianguo lu ouest : la
Cité Bourgogne en briques rouges est un typique : 78
familles occupaient ses shikumens en 1930, 450 aujourd'hui. A
l'opposé, le lilong jaune paille est plus
récent. Le linge qui sèche entre les maisons est un régal
pour les photographes. Prenez Jianguo central vers l'ouest : au
n° 131, descendez la lane 210 à droite qui rejoint Taikang lu :
c'est le lilong des artistes Deke erh art center » Cafés, bars, restaurants et
life style designer comme La Vie de Jenny Ji qui fait partie de la nouvelle
génération de stylistes shanghaiens ; ses formes et structures combinent les
idées occidentales et les motifs chinois traditionnels
: countryyard 7. Remontez la très calme
Sinan lu jusqu'à la résidence de Sun Yatsen
et le Fuxing park.
les bons plans d'Emmanuelle
Créé en juillet 1909, le Gujiazai park était alors
réservé aux Français résidents à
Shanghai. Il devient le Fuxing park en 1946 avec
ses aires de jeux, ses fontaines et bancs reposants. C'est
dans ce parc que Jean Paul Gaultier a présenté
son premier défilé en octobre 2004 - il a 3 boutiques
en Chine. Fashion victims aux cheveux peroxydés, corsets
à seins coniques, talons aiguilles pour homme et combinaisons en
trompe-l'oeil... Ici, les mentalités ont
évolué.
A
l'intérieur, le pavillon Park 97 héberge deux boites de nuit toujours en vogue, un restaurant
chinois et un délicieux japonais (53 83 22 08 / 23 28) où
se presse la bourgeoisie shanghaienne. A côté, la galerie ShanghArt fondée il y a 10 ans par le marchand d'art helvétique Lorenz Helbling, représente une trentaine de peintres et de
sculpteur chinois de renommée internationale, comme Zhou
Tiehai et le céramiste Liu Jianhua ; vous y trouverez les livres
des artistes en vogue - 2 Gao road, coin de Sinan lu 63
59 39 23. Allez t aussi au H-Space 50 Moganshan lu, Bldg
18, dans les anciennes usines de textile de Suzhou creek.
Suite à ses succès à Paris et Tokyo, la
Fabrique de Shanghaï ouverte en décembre 2004, combine la
restauration française (poulet purée du dimanche,
êuf mayo, sardine à l'huile, soupe de
courge... ) à la musique des DJ façon
Bouddha bar. Elle projette sur grand écran des travaux visuels
d'artistes français pour égayer le
décor métal de son loft. 8-10 Jianguo Zhong lu, près de
Taikang lu citée plus haut. A côté, des galeries d'art sont installées dans des lofts reconstruits
à l'américaine.
« Près de chez moi le Zapata's est une boite de nuit agréable, branchée. Il y a 70%
d'étrangers. - 5 Hengshang lu. C'est au coin de Dongping lu que j'aime beaucoup, où se
trouve Blarney stone irish pub au n°5 ; l'ambiance british et sa déco
sont agréables, il y a une grande terrasse, des groupes de
musiques ; on peut se restaurer. 64 15 74 96, 16h / 1h sem
et 11h / 1h WE.
L'autre coin chic de la concession c'est
le parc de Ruijin guesthouse. le Face, bar branché très agréable, à
la déco cosy, sofas mou, bar animé et petits coins intimes, est dans
une très belle villa toute en briques rouges des
années 30. Au bar on peut manger des nans, des satays et des nems. Au 1er étage, l'excellent restaurant thaïlandais le Lan Na a un décor discret, charmant. La maison et sa terrasse donnent
sur le parc ; c'est un bel endroit dépaysant. »
118, Rui Jin Er lu près de Yongjia lu, building 4 - 64 66 43
28. Une sortie accède à Maoming lu et ses boites de
nuit technos, d'un autre genre.
Nous assistons à un des premiers défilés de
mode de sous-vêtements ; ils sont dessinés par Marie pour Le
Caprice de Marie. - factory 136, Jinlian Yinjiashe n°568 Xuhua
road, Xujing. 59 88 40 81 / 82 /83 Les six mannequins chinoises sont maigres, gauches et timides ; par
pudeur, elles portent des strings blancs ou noirs, malheureusement
très voyants sous la culotte en dentelles présentée. Nous sommes debout,
bousculées par des Chinois qui veulent voir mieux quand ils ne parlent pas ou ne
téléphonent pas. Cette présentation a
eu lieu au 1er étage du Mesa manifesto,
restaurant-bar ouvert fin novembre 2003 par l'australien Steve
Baker. 1500 m2 sur deux niveaux et une terrasse, clientèle
internationale 748 Julu lu, east Fumin lu, 62 89 91 08.
Pour dïner typiquement
français, nous allons chez Vincent qui tient depuis 1999, le bar à vin et bistrot le Bouchon. Il ne trouvait pas de basilic à l'époque ; l'harissa lui manque toujours mais il sert du foie gras
poêlé au caramel de vinaigre, des chipirons
à la provençale et des escargots. Sa clientèle est française à 90%. " Je
ne cherche pas à plaire à tout le monde, dit-il ; mon restaurant est authentique, je plais aux Français ; les
Shanghaiens sont rustres, ils ne pensent qu'au pognon et ne
deviennent pas des amis. Ceux qui n'aiment pas les petites
salles, ceux qui rotent, qui crachent et ne disent pas bonjour ne sont pas les bienvenus." 1455 Wuding Xi road
(par Jiang Su road) 62 25 70 88 de 10h30 à 14h30 sauf le samedi et de 18h
à 22h, fermé le dimanche ; également service à emporter. Vincent a acheté un petit chien : " La licence, le droit d'avoir
un chien et le promener, coûte 2000 yuans par an. Les Chinois les promènent discrètement le soir parce
qu'ils n'ont pas payé ! ."
L'architecte designer Jiang Qiong Er,
est à l'origine de N°D gallery creation, lieu
de 1000 m2 dédié au design d'intérieur, ouvert en juin 2004. Née en 1976, ancienne
étudiante de l'Ecole des arts décoratifs à Paris, elle
travaille essentiellement avec l'architecte Jean-Marie
Charpentier. Pour sa galerie, elle sélectionne des meubles anciens et contemporains chinois, vendus cher aux initiés,
objets et textiles chinés au fin fond des provinces chinoises,
peintures et photos. Chose assez étonnante, peu de galeries et boutiques à Shanghai ont pignon sur rue ; elles sont
plutôt situées aux étages des immeubles, comme N°D : 2eme étage du building n°15 de la résidence
Peninsula garden, 1518 Xikang lu 62 66 21 09 C'est
à Suzhou creek, le quartier branché des galeristes. La vue de la terrasse de N°D est apocalyptique : la rivière, le train aérien, un building, une maison des années 20 !
Et surtout... des buildings en construction : ceux-là même qui accueilleront les habitants des lilongs en destruction.
Autour de Suzhou creek, rôdent les rumeurs de trafics d'armes pendant l'occupation japonaise, de trafics d'objets
voire de drogues, images utilisées par Ye Lou dans Suzhou river interprété par Zhou Xun (la
petite tailleuse de Dai Sijie) sorti en France en octobre 2000. Tourné
clandestinement, caméra à l'épaule dans Shanghai, il a été interdit en Chine, car il fait
découvrir un monde underground où l'argent manque mais où
le rêve s'achète, où l'économie souterraine est toute puissante, où les petits boulots minables aux franges
de l'honnêteté sont la principale activité.
« Les Chinoises ne s'épilent pas, confirme Emmanuelle ; mes
amies françaises cherchent encore le petit salon d'esthétique. Il n'y en a pas sauf dans les grands hôtels comme le Grand Hyatt à Pudong ou le Portaman Ritz-Carlton. A votre porte-feuille mesdames ! Moi je vais à mon centre de fitness au Plaza 66 de Nanjing xilu : épilation sourcils à 200 yuans ! » C'est dans
l'immense centre commercial de luxe, le Plaza 66, que le Comité Colbert, regroupant 69 maisons de luxe françaises, a lancé une opération de séduction du plus grand
marché du monde, le 25 octobre 05, en exposant des pièces créées pour l'occasion par 51 maisons, inaugurée par Christine Lagarde, ministre déléguée au commerce extérieur, et Renaud Dutreil, ministre des PME.
C'est à Shanghai que leurs ventes connaissent la croissance la plus forte.
That's Shanghai mensuel en anglais distribué gratuitement dans les bars et
grands hôtels, donne les derniers bons plans, manifestations
du mois, liste des restaurants et bars.
André Malraux situe l'action de la Condition humaine en
1927 à Shanghai, ville qu'il visitera en 1931(éd. Gallimard 1933) Ode au sacrifice et à la
fraternité, chant de deuil d'une Révolution étouffée, méditation sur l'art et
l'absurdité de la vie ; nul n'a mieux montré les factions en présence, la moiteur et la misère, l'ennui des occidentaux
décadents, l'attrait pour le vide de la peinture chinoise : tous les
thèmes malruciens sont au rendez-vous d'où son prix Goncourt en
1933. Mais " pas un seul personnage de classe
prolétarienne ne joue un rôle important, déplore le poète Dai Wangshu en 1934 ; tout cela est faux et rend la révolution chinoise ridicule. " En octobre 2004, Jacques Chirac a offert au maire de Shanghai une
édition originale avec un autographe de Malraux.
J'ai testé le Maglev ; inauguré en mars 03, ce train est à
lévitation magnétique : un système allemand où les wagons flottent à quelques millimètres au-dessus d'une
chaussée sur pilotis qui fait office de rails. C'est le plus
rapide du monde : il relie en 8' les 30 km qui séparent
Shanghai de l'aéroport de Pudong. Il atteint 431 km/h pendant une
minute ! Impressionnant pour 50 yuans. Le métro va jusqu'à la gare du Maglev à l'est de la ville mais avec mes bagages
j'ai pris un taxi. Malgré la largeur des couloirs de
l'aéroport, il n'y a qu'un seul tapis roulant du Maglev à l'enregistrement des bagages... et dans le sens opposé ! Vive les roulettes !
La campagne En ce dimanche de veille de Noël, il fait triste à
Shanghai malgré les animations de bonnets rouges à pompons
blancs. Les bus sont aux pieds du Shanghai stadium. Avec Emmanuelle, nous
attrapons celui qui va
à Zhouzhuang dans la province de Jiangsu : 120 yuans
pour 1h30 de voyage, tickets d'entrée pour les
sites touristiques compris. Cette ville bâtie il y a 900 ans sur
les canaux, avec ses ruelles pavées et ses ponts de pierres, est
devenue une attraction touristique. Les façades sont
restaurées mais derrière c'est la
misère. Nous sommes interpellées toutes les 5 secondes : "Hello, hello... loukeu, loukeu... " Assez insupportable ; en plus, ils vendent tous les mêmes
articles. Nous nous réfugions à l'étage d'une vieille maison donnant sur un des canaux, pour tester
le crabe local d'eau douce du lac Yangchen : ils sont
musclés, petits, velus et délicieux, il faut manger l'intérieur,
c'est comme du jaune d'oeuf. Les ruelles
excentrées sont calmes mais ce village a perdu de son authenticité.
Le lendemain je suis allée seule à Xitang. Départ du bus
à 8h35 du stadium, 1h30 de trajet, 130 yuans. Je suis
surprise par le prix mais c'est all included ; ne parlant pas le chinois, je paie. Nous sommes une petite dizaine
seulement. Le bus s'arrète à Pinghu
où nous visitons Mo's manor, résidence
de 1897 très belle. Puis un autre détour et le déjeuner. Je
comprends que j'ai acheté un full tourist tour et je ne
savais pas qu'on pouvait mal manger en Chine ! Enfin nous
arrivons à Xitang dans la province de Zhejiang, à
10 km au nord de Jiaxing. Une merveille d'authenticité
cette fois. Les 122 ruelles - dont Shipi mesurant 80 cm de large pavée de 216 dalles - et les
passages couverts aux bords des neuf rivières. La plupart des
familles a construit un préau devant sa maison, relié
à celui du voisin : ils forment des couloirs dont Yanyu avec ses 1300
m. Les maisons basses aux tuiles noires datent de l'époque
des Ming et des Qing. Les petites culottes sèchent au bord des
canaux (je n'en avais jamais vu autant !), le marché s'agite, le poissonnier remonte son filet... Les
Chinois me dévisagent en souriant, me font goûter leurs
légumes, rient de mes grimaces. Le bonheur. Je mange enfin
du genou de porc - gélatineux, et du zongzi, gâteau de riz en forme de pyramide enveloppé d'une feuille de roseau
(qui colle aux dents). Je bois un vin jaune de Jiashan (nom du district)
avec la poissonnière. Quelle bonne journée
malgré le froid. J'ai bien peur que ce joli village de pierres et sa
centaine de ponts, ne deviennent l'attraction touristique
prochaine.
Les Chinois et les touristes étrangers vont aussi à Suzhou et
à Hangzhou au bord du Canal impérial construit en 605, qui
relie Hangzhou à Pékin sur 1 801 km. C'est la
voie d'eau artificielle la plus ancienne et la plus longue du
monde.
retour
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