laurence lemaire
la Plume
la corrida à pied           menu
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Ce que vous devez savoir avant d'assister à une corrida à pied

En 1726, Francisco Romero est descendu de cheval et avec une muletilla (petite muleta, litteralement = soutien); il attendait le taureau pour l’affronter de face et faire une estocade a recibir (c’est le taureau qui charge). Romero expérimentait cela avec succès : c'est le début de la corrida à pied. En 1796, le matador Pepe Hillo édite La tauromaquia, o el arte de torear de pie y a caballo ; puis, par un traité de 1836, picadors et banderilleros ne sont plus seulement les subalternes du matador mais jouent un vrai rôle.
La mauvaise réputation de la corrida à pied c’est l'éventration des chevaux des picadores ; mais depuis 1928, le caparaçon protecteur pour les chevaux est imposé.

Le jour même de la corrida, à midi, a lieu le sorteo, tirage au sort des taureaux : les représentants des matadors inspectent les taureaux puis ils font des lots; les numéros des taureaux sont inscrits traditionnellement sur de papiers à cigarettes, roulés en boule et mis dans le chapeau du mayoral (intendant de la ganaderia). Chacun tire une boule par ordre d’ancienneté, le plus ancien en premier.
La corrida commence par un défilé de tous les participants : c’est le paseo (passage, promenade). À l'heure prévue, le président présente un mouchoir blanc et entrent les alguaciles (huissiers) puis les trois matadors coiffés de la montera (toque en astrakan ainsi nommée en hommage au torero Francisco Montes qui en a imposé l'usage). Derrière eux, suivent les peones (ouvriers) et les picadores. Viennent ensuite les areneros (employés des arènes qui ont pour fonction de remettre en état la piste entre deux corridas). Vient enfin le train d’arrastre, l'attelage de mules chargé de traîner la dépouille du taureau hors de l’arène.
Le premier tercio c’est les passes de la capote (grande cape rose et jaune) par le matador et ses peones. Puis les picadores entrent. Ils sont deux, sur un cheval carapaconné donc, avec une lance en bois de 2,60 m terminée par une pointe d'acier, la puya. Ils évaluent le comportement du toro, testent sa bravoure, sa promptitude à charger à la moindre sollicitation et la répétition de ses charges en ligne droite, en baissant la tête c’est le plus classe ; bref le picador doit l'affaiblir suffisamment par des blessures pour qu'il devienne toréable - car le matador à pied n’a pas de cheval pour fuir !
Le deuxième tercio c’est les poses de paires de banderilles par les peones.
Le troisième tercio c’est la faena (travail) de muleta. L’estocade doit se porter dans la croix (la cruz), zone étroite située à hauteur du garrot, entre la colonne vertébrale et l’omoplate droite. S'il choisit al volapié (moitié courant, moitié volant), le matador attend que le toro soit immobile et se jette sur lui pour l'estoquer. A recibir (en recevant le taureau, le plus ardu) le matador reste immobile et déclenche la charge du taureau. Enfin, dans une estocade al encuentro (à la rencontre), chacun des deux fait la moitié du chemin.

Pour les deux corridas, à pied ou à cheval, le public joue un rôle important dans l'évaluation du spectacle et la remise du trophée. Il juge le courage du matador, sa faculté à prendre des risques, son autorité et son élégance aux passes de muleta. Il juge aussi l'estocade qui doit être sincère, rapide et efficace. C'est ce que les spécialistes appellent la minute de vérité. Si le public a apprécié la prestation du matador, il réclame au président que lui soient accordées une, voire deux oreilles, et la queue, en agitant un mouchoir blanc. Le public est souvent sévère sur la présentation de l'animal : des cornes abîmées provoquent une bronca (huées, bagarre) et la demande de changement d'animal. Le président accorde les trophées en présentant un, deux ou trois mouchoirs blancs. Ces trophées sont coupés sous la surveillance de l'alguacil qui les remet au matador: il fait alors une vuelta al ruedo, le tour de la piste en longeant la barrière et en saluant le public ; les spectateurs les plus enthousiastes lui envoient des bouquets de fleurs, des cigares, leur chapeau, leur foulard etc. Le matador garde les fleurs et les cigares et renvoie les chapeaux, foulards, etc. à leur propriétaire. Celui qui remporte 3 trophées à Seville ou 2 à Madrid, sortira a hombros, sur les épaules de ses admirateurs proches, par la Grande Porte.

Selon une idée reçue, le toro fonce sur ce qui est rouge, ce qui explique la couleur de la muleta. En fait, le taureau ne distingue pas les couleurs ; il a une vision bi-chromique, en noir et blanc ; en revanche, il est très sensible au mouvement. Lors de la sortie des picadores, afin d'éviter que le taureau n'attaque les chevaux, matador y peones détournent son attention en agitant leurs capes dans le sens opposé. C'est cette sensibilité au mouvement qu'utilise le torero pour déclencher sa charge. La cape (capote) ou la muleta sont des leurres. Si le toro a été exceptionnellement bon, le président peut lui accorder une vuelta al ruedo (tour du cercle) en présentant un mouchoir bleu. Et s'il a été plus qu’exceptionnellement bon, le président accorde sa grâce (indulto) avant l'estocade, en présentant un mouchoir orange.
Parmi les ganaderías (élevage) les plus connues figure la Miura. Les taureaux de cette ganadería sont considérés comme les plus dangereux, les plus fougueux et combatifs ; ils sont aussi des animaux traditionnellement très hauts sur pattes ce qui en fait des adversaires difficiles à maîtriser. Fondée en 1849 par Antonio Miura, elle appartient aujourd'hui à Eduardo et Antonio Miura, descendants du fondateur. Jusqu'à la fin du XVIe siècle, les toros vivaient en totale liberté dans de grands espaces. Au XVIIe siècle ils furent utilisés comme animaux de course ou de travail avant de finir sur l'étal des boucheries. Les premiers éleveurs à faire une sélection de toros bravos furent Don Vicente Vásquez et le comte de Vistahermosa. Aujourd'hui, les taureaux sont spécialement sélectionnés en fonction de leurs qualités supposées pour le combat et de leur masse corporelle (parfois plus de 600 kg, le plus souvent entre 470 et 550 kg). Il doit peser 469 kgs minimum et avoir 5 « herbes » minimum soit avoir 4 ans et né pendant l’hiver. Les ganaderías assurent des conditions d'isolement pour garantir que le taureau entrant dans l'arène n'a jamais vu d'homme à pied : les éleveurs circulent exclusivement à cheval ou en véhicule. L'objectif est d'obtenir des taureaux braves dans l’arène. Afin d'obtenir les qualités recherchées, les vaches reproductrices sont sélectionnées au cours d'une épreuve appelée tienta (a tientas = à tatons) : la vache affronte un picador muni d'une petite pique. Si elle fait preuve d'une bravoure suffisante elle est gardée pour engendrer les futurs combattants.
Jusqu'à son départ pour l'arène, le taureau vivra en liberté dans d'immenses prairies, sur plusieurs centaines, parfois milliers d'hectares.

Le terme de toreador désignait les toreros à cheval d’avant le XVIIIe siècle ; cela fait donc plus de trois siècles qu'il n'y a plus de toreadors. Celui qui, de nos jours combat le taureau, que ce soit à pied ou à cheval, est un torero : matador, peón, banderillero, picador ou rejoneador, tous sont des toreros. Le torero qui tue le taureau après l'avoir combattu est appelé un matador (mata toro).
La tenue des toreros est appelée en français habit de lumières, traduction de traje de luces. Une meilleure traduction serait habit de paillettes car si luz signifie lumière, luces se traduit aussi par paillettes.

En France, le ministère de la Culture a inscrit la tauromachie au patrimoine culturel immatériel de la France le 22 avril 2011. Le ministre de la culture Frédéric Mitterrand souligne que cette décision est prise en dépit de la démarche lancée par l'union des villes taurines françaises et l'Observatoire national des cultures taurines.
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