Les tribulations de Xynthia chez Lolo

« Te souvient-il de notre extase ancienne ? Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ? » écrivait Verlaine. Et pourquoi pas ? Mais sans la photo du petit hôtel, celles de la plage et du chien…Sans les films de mes voyages

Que va-t-il me rester en mémoire, à l'esprit.

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure » Xynthia ne m’a pas tuée ; elle a pris une certaine idée que je me faisais d’une soirée au coin du feu, dans quelques années, à feuilleter les albums, ma communion solennelle, mes seins nus de jeune fille, mon austin rouge, les voyages, les grimaces...
C’est, aujourd’hui, la centième journée de la Femme. La nature gronde, tremble et ras de marée. Je commence déjà, tout en vidant ma cave dans une benne, la série des vous-souvient-il, qui font renaître toute une vie.
J’aurai voulu me souvenir sans effort, d'une époque, d'un pays, d'une promenade ; j’aurai voulu me souvenir sans peine, d'un regard; d'une date, d'une promesse. Photos, films et écrits se sont enfuis, mes beaux cartels de corrida des années 50 aussi.
Mes amis, je compte sur vous pour, plus tard, dégommer mon moteur, faire ressurgir le souvenir d’un bon temps, des jours anciens.
« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle... Tu vois je n'ai pas oublié. » (Prévert). Il y a une différence entre « se souvenir » et « ne pas oublier » ; on peut avoir oublié et pourtant se souvenir. En découvrant une photo au fond du carton, ne dites-vous pas : « oh, j’avais oublié ! » ?
Les sentiments, les émotions, les joies n’ont pas besoin d’aide, juste fermer les yeux... Ils reviennent. Certains sont gravés dans ma mémoire.

Xynthia ; l'Institut de Météorologie de l’Université libre de Berlin donne un nom aux tempêtes européennes majeures ; Wolfgang Schütte a choisi Xynthia - les deux prochaines s’appelleront Yve et Zana. Selon le professeur Ngoc-Rao N’Guyen, la nommée Xynthia est dotée d'un tempérament puissant ; elle s'engage sans restriction tout en ayant de fortes pulsions, sa démarche est nerveuse et précipitée... Ah !

« Ses yeux étaient marqués d'une expression désespérée; leur tour cave et agrandi ressemblait à des coques portées loin de la mer et privées d'eau. » écrivait Lacretelle. Ma cave à moi, elle baigne.
La lune cave, le mois cave se dit de celui qui n’est pas plein, qui n'est pas complet. La mienne, de cave, était remplie. Elle attendait le passage des cygnes et des ramiers, le rassemblement des corneilles dans la prairie de l'étang.
La furieuse Xynthia se déchaîne, s'élève sans ménagement, s'apaise, l’homme affronte, essuie, et moi, je passe la since à l'abri dans le noir. J’ai sauvé des diapos, mes sabots, mon vélo, mes ooh, et zut, où es-tu Jehova ?
Passer le cap. C’est ça… Penser goéland et pétrels, applaudissements et rires ; penser tempête sous le drap qui agite, frétille et touffe le cheveu blond. L’aurore.
Mes voisins ; nous sommes embarqués dans le même bateau, liés par la solidarité de réflexes d'un équipage de navire. Mais l’esprit de mon entourage choqué manque de réverberation. Les piles de ma lampe torche agonisent, le flash de mon appareil photo illumine la matière brune des cartons mous…
L’image, il faut la soigner.
Le reflet de cette centième journée de la Femme c’est le miroitement de la lune sur l’eau de Xynthia.

Ma cave, c’est une tempête dans un verre d'eau. J’ai peu perdu mais grosse fatigue.

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Laurence Lemaire     site photos     site vu du train    06 80 16 16 57    m'écrire